Vivre à Saint-Jorioz N°6 juin 1979

Les églises de Saint-Jorioz

Pendant des siècles, le lieu du culte à SAINT-JORIOZ a été situé à l'extrémité de la paroisse au hameau appelé aujourd'hui " La Vieille Eglise " ; l'emplacement de l'édifice était situé vers une croix que l'on distingue parfaitement face à l'ancien presbytère.

Ce sanctuaire, d'après l'étude du Rd J.M. LAVANCHY, faisait lui-même suite à une antique chapelle nommée chapelle de N.D. La Vieille,. située dans la plaine de SAINT-JORIOZ, au lieu-dit " Chez Tavan ", et dont l'emplacement est de nos jours marqué par une simple croix.

Quant à l'église que nous connaissons aujourd'hui, son édification date de 1885.

LA VIEILLE EGLISE

1° Rôle du Curé Pierre BESSON

Nous nous devons d'évoquer le souvenir du curé Pierre BESSON, curé de SAINT-JORIOZ pendant 42 ans (1820 à 1862). On peut dire qu'il a oeuvré grandement pour le transfert de la vieille église.

Voilà ce qu'il écrivait le 17.4.1853 au syndic et aux conseillers :

" Tout le monde convient que l'église est trop petite et mal placée vu la population. D'après le recensement de 1848 par Monsieur FONTAINE, secrétaire et par moi, curé, la population de la paroisse (non compris la Magne) était de 1 352 habitants, or la nef de l'église n'ayant que 19 mètres et 55 centimètres de longueur et 10 mètres et 55 centimètres de largeur, sur quoi il faut placer les autels collatéraux, les bancs des chantres, les chaises, les tribunaux et les piliers, il est impossible qu'elle puisse contenir plus de la moitié des habitants, laissant même à part les petits-enfants et les personnes qui gardent la maison... mais n'est-elle pas très mal placée ?

" En la contemplant du haut de vos collines, sa position n'excite-t-elle pas vos regrets ? Ne vous révolte-t-elle pas ? Ne vous est-il pas pénible d'y venir chaque dimanche et fêtes ? Avez-vous bien considéré qu'elle vous devient coûteuse par la perte de temps, par l'usure de vos souliers, bas, chapeaux et habillements dans le mauvais temps, surtout... Le sanctuaire et le cimetière ne peuvent rester là, le premier menace ruine, le second est rempli d'eau, les cadavres ne s'y consument pas, ils s'y conservent. Tout le monde sait qu'à chaque tour de fosses on en retire des cadavres entiers, des bières entières, des membres sont encore reconnaissables ainsi que les linges noirs ou blancs dont ils étaient enveloppés. "

Dans cette supplique, le Rd Pierre BESSON exprime ce souhait: replacer l'Eglise au centre de la paroisse, dans un lieu plus hospitalier. On note toutefois, que, dans une lettre au préfet, en 1862, il affirme une opposition résolue à un transfert du sanctuaire vers " la route du Pont-Laudon ", à cause des cabarets, des bruits et du passage. II avance les Bons Mollards comme lieu favorable.

Le Rd Pierre BESSON ne devait pas voir aboutir ses espérances. II mourut le 30 novembre 1862, enterré au cimetière. Sur sa tombe que l'on peut encore voir, un élégant monument fut élevé par ses amis.

2° Etat de l'église lors de la visite de Monseigneur MAGNIN pour la mission commencée le 30-10-1866 :

- L'église paroissiale est sous le vocable de Saint Nicolas ;

- Elle est consacrée ;

- Le curé est Claude-François BESSON, né à Marlioz en 1814, se trouvant à SAINT-JORIOZ depuis le 22.12.1862 ;

- L'église est pourvue de meubles, lampes, vases et ornements indispensables ;

  • II y a des reliques,

• celle de SAINT-JOREZ (dont la paroisse autrefois appelée MACELLUM ou MASSELUM, en porte le nom dès 1162 comme on le voit sur un cartulaire de l'Empereur Frédéric). Les "authentiques", consignées par parchemin ont été reconnues successivement dès 1414 jusqu'à ce jour par tous les évêques du diocèse ;

- Le nombre des feux est de 282 avec 950 communiants. Les offices de paroisse commencent à 9 h 30 en été et à 10 h en hiver par l'aspersion et les prières pour les morts, les vêpres à 2 h 30 en été et en hiver.

La première messe entre 6 h et 7 h 30 selon la saison.

Le jour des morts, les prières commencent le matin par le chant du miserere en procession autour de l'église, au cimetière et autour, les assistants font couronne pendant le chant du " Libera me ".

3° Tentatives antérieures pour la reconstruction de l'église

Dès 1760, la position anormale du sanctuaire et du cimetière de SAINT-JORIOZ à l'extrémité territoriale de la commune et paroisse, et dans un endroit tellement marécageux, fut reconnue par les autorités civiles et religieuses comme opposée aux plus simples règles d'hygiène et comme funeste à la moralité des habitants.

A cette date, M. de Saint-Réal s'engageait à céder gratuitement au Villard, les terrains nécessaires à l'emplacement de l'église, du cimetière, du presbytère et du jardin. Mais, les religieux de TALLOIRES, en qualité de décimateurs, devant bâtir le choeur, trouvèrent moyen de faire échouer le projet. D'après le Rd LAVANCHY et selon les notes laissées par le Rd Maurice COMTE, curé de 1737 à 1784 " quelques conseillers, comme avocats de village, s'y opposaient aussi, soit qu'ils craignent les corvées, soit qu'ils regrettassent de défaire la cure qui aurait été bâtie quelques années auparavant. On se contenta de refaire la façade de l'église, de mettre des clefs pour soutenir la voûte et de faire des ogives pour fortifier les murs ".

4° Décision du transfert et de la reconstruction de l'église

Vers 1882, le cimetière qui environnait l'église se trouva menacé. Déjà, dans la délibération du 6 mai 1877, le Conseil Municipal, sous la présidence de Monsieur François SIMEON, maire, prenait la décision d'acheter une pièce de terre appartenant à Monsieur DECOUX (dit JULIEN) et à Monsieur Jean GURRET, en amont de la mairie en vue de l'établissement d'un nouveau cimetière.

Cet emplacement fut choisi en prévision de l'édification d'une nouvelle église dont le transfert, toujours remis, s'avérait de plus en plus souhaitable.

A la même période, l'école de filles tut reconstruite près de la mairie sur le bord de l'ancienne route provinciale, très près de l'école de garçons. Pour reprendre les termes du Rd LAVANCHY, " le cimetière appelait l'église ". Celle-ci ne pouvait demeurer seule, isolée à 1 200 m de tous les services qui s'y rattachent par tant de liens.

C'est le 6 mai 1883 que le Conseil Municipal prenait une délibération pour la reconstruction de l'église et du presbytère.

Etaient présents : Messieurs SIMEON François, maire ; MASSET Maurice, VAGNARD Joseph-Marie, COUTIN Jean, DECOUX Joseph, CHARVIN Jean, MILLET François, JOSSERMOZ Jean, VELLAND Marie.

Etaient absents : Messieurs VARAY Félix, MELLET François, BERGERET Jean-Baptiste.

Le Conseil Municipal considérant,

1° Que l'église paroissiale de cette commune cons truite depuis plus de sept siècles menace ruine ;

2° Que la surface intérieure de cet édifice n'est plus en rapport avec la population de la paroisse ;

3° Qu'elle est trop éloignée du centre de la population ;

4° Que le chemin de fer en projet de construction isolera cet édifice et rendra les communications plus difficiles ;

5° Qu'en ce moment fous les autres édifices communaux (mairie, école de garçons, école de tilles, cimetière) sont centralisés ; il n'est pas convenable de laisser plus longtemps l'église à l'extrémité de la paroisse et beaucoup trop éloignée du centre populeux ;

6° Que toute la population désire ardemment avoir une église centrale ;

Les membres présents dudit Conseil, à l'unanimité moins un, décident ce qui suit :

1° La commune de SAINT-JORIOZ fera construire une église et un presbytère conformément à l'avant-projet dessiné par Monsieur l'architecte DENARIE et dont la dépense s'élèvera à quatre vingt mille francs, y compris l'acquisition du terrain ;

2° Cette construction aura lieu sur le terrain appar tenant aux hoirs de CHAVANNE Claude, de CHAPPET Denise et aux hoirs de COPPIER Jean-François, inscrit à la nappe locale sous le n° 277 278 279 section E.

La dépense sera couverte comme suit :

1 ° Don de Monsieur le Curé de SAINT-JORIOZ 8 000,00
2° Valeur de l'église actuelle (à la charge de l'entrepreneur des travaux) 4 000,00
3° Valeur du presbytère actuel et du jardin dépendant 3 000,00
4° Montant d'un emprunt à contracter par la commune 45 000,00
5° Subside de l'Etat 20 000,00

___________

 

80 000,00 F

A cet effet, le dit Conseil vote un emprunt de quarante cinq mille francs à la Caisse des dépôts et consignations, pour une durée de 15 ans.

5° D'une église à l'autre

La messe fut célébrée, dans /a " vieille église ", pour la dernière fois, le dimanche 14 septembre 1884. La démolition dura tout l'hiver, la four des cloches s'effondra toute seule dans un fracas horrible le 22 février 1885.

Les offices furent célébrés, entre temps, dans un local prêté à la paroisse par la famille de MARCLEY, dans une maison dépendant du château du Villard.

Monsieur le Chanoine PONCET, vicaire général, bénit la première pierre de /'église nouvelle le 16 avril 1885.

C'est le dimanche 31 octobre 1886, veille de la Toussaint, que le chanoine PONCET bénit le nouvel édifice. Le curé de SAINT-JORIOZ, le curé LAVANCHY y célébra la première messe. Dans /a soirée, on y transporta le Saint-Sacrement qui était demeuré à l'ancien presbytère.

LA NOUVELLE EGLISE

  1. Fin des travaux et réceptions définitives

L'architecte qui s'occupa des plans, devis et de l'adjudication des travaux, tut Monsieur DENARIE.

A noter que la construction du clocher fut un moment différée, les dépenses occasionnées par cette construction dépassant les premières estimations. Monsieur DENARIE se fit l'interprète du Maire et du Conseil municipal, des ministres des cultes, auprès du Préfet, du député de la circonscription pour demander une subvention. Voici les arguments qu'il suggérait au maire, François SIMEON : " Que dans nos communes rurales, où les habitations sont disséminées sur une vaste étendue et manquent généralement d'horloges privées, une cloche est d'une nécessité absolue... que les cloches seules indiquent l'heure des offices, des sépultures, des réunions du Conseil et servent d'appel en cas d'incendie... ".

Finalement, par une lettre du 4 février 1886, le Préfet informait le Maire que Monsieur le Ministre des cultes avait accordé, sur ses instances, une subvention de 5 800,00 F pour l'aider à payer la construction d'un clocher à l'église paroissiale.

L'adjudication des travaux de maçonnerie fut confiée à l'entreprise CONVERSI Claude, d'HERYSUR-ALBY. Les vitraux furent réalisés par l'entreprise Veuve Charles Champigneule, de Bar-le-Duc. On note, sur l'en-tête de cette maison : " Etablissements artistiques de peinture sur verre - Statuaire religieux - Céramique d'art, approuvé par notre très Saint-Père le Pape PIE IX ".

L'approbation définitive des travaux de l'église et du presbytère fut réalisée par le Conseil municipal dans sa séance du 30 juillet 1889, présidée par François SIMEON, maire, les membres présents étant: MM. VARAY Félix, GARDET Alfred, MELLET Erasme Rémi, COTTET Jean-Louis, DECOUX Jean-François, CHARVIN Jean, MILLET François, COUTIN Jean.

b) Dégâts causés par l'orage survenu en 1899

Le Conseil de fabrique demanda la prise en charge par la commune des fournitures et des travaux effectués pour un montant de 500,70 F. Le Conseil, à l'unanimité, sous la présidence de François LITTOZ, maire, consent à cette dépense et vote une imposition extraordinaire à cet effet. Les réparations furent confiées à l'entreprise FERLA François, de SAINT-JORIOZ.

Voici en quoi elles consistèrent :

1° Clore immédiatement et provisoirement avec de la toile, l'ouverture béante existant au chevet de la dite église ;

2° Rétablir les meneaux brisés et les consolider ;

3° Remplacer les vitraux et " grisailles " brisés ;

4° Etablir un treillis métallique pour préserver les vitraux.

c) Destruction du clocher et d'une grande partie de la toiture par l'ouragan du 23 février 1935

Beaucoup de SAINT-JORIENS ont encore en mémoire cet événement. La grande presse de l'époque publia des photos et des informations sur SAINT-JORIOZ. Pour sa part, l'"Industriel Savoisien" écrivait ceci : " A SAINT-JORIOZ, la tornade fut particulièrement forte. Elle atteignit son maximum entre 7 h 30 et 8 h 30 du matin. Mais c'est à 8 h 30 exactement, comme en témoigne l'horloge qui s'est arrêtée au moment de l'événement, que le clocher s'abattit dans un épouvantable fracas... Quelques instants plus tôt on aurait pu enregistrer certainement des victimes. Quelques minutes auparavant, près de 80 enfants assistaient dans l'église à un cours de catéchisme ".

Aussitôt prévenu, Auguste SIMEON, maire, se rendit sur les lieux ainsi que M. NABRIN, secrétaire de Mairie et, d'accord avec le Curé, M. l'Abbé ANCRENAZ, toutes mesures furent prises pour éviter les accidents. La maison du Patronage où étaient logées deux religieuses, les surs PAULINE et AUGUSTINE, fut évacuée car elle menaçait d'être écrasée par un mur branlant.

Notons également la destruction des deux immeubles de MM. Calixte CHAPPET, du Villard, et Alfred COTTET, de Monnetier, la grange de ce dernier s'abattit au moment où il en quittait le seuil.

La reconstruction

Dans sa séance du 3 mars 1935, sous la présidence de M. Auguste SIMEON, maire, le Conseil municipal décide de contracter un emprunt de 124 000 F auprès des particuliers par souscription publique, soit 248 obligations de 500,00 F.

Un marché de gré à gré tut passé avec les entreprises Léon CHARVIN pour la maçonnerie, et Auguste MONTMASSON pour la charpente, suivant le plan dressé par M. RAILLON, architecte, en date du 28 février 1935.

La réception des travaux eut lieu le 15 novembre 1935 en présence de Monsieur A. SIMEON, assisté de MM. Joseph VELLAND et Joseph MEGEVAND, conseillers municipaux.

d) L'église actuelle

Presque un siècle s'est écoulé depuis son édification !

Quatre générations déjà ! L'ensemble de l'édifice a encore de l'allure, mais comment ne pas remarquer sur les murs latéraux ou du fond, de part et d'autre de la partie principale, les peintures écaillées ou le crépi dégradé laissant apparaître des vieilles pierres probablement en provenance de la " Vieille église ".

L'assemblée délibérante n'ignore pas qu'elle doit envisager dans un proche avenir la rénovation intérieure de notre église, en collaboration avec l'ensemble des paroissiens.

C. DENIS

Vivre à Saint-Jorioz N°6 juin 1979